Les émotions qui nous transforment

Ce qui nous transforme c'est l'émotion et l'émotion c'est du corps

La transformation ne naît pas de la réflexion seule.
Elle naît du vécu.
Elle naît de l’émotion.
Et l’émotion est ressentie dans notre corps.

Quand la crise nous submerge, ce n’est pas une idée abstraite qui nous bouleverse : c’est le cœur qui s’accélère, la gorge qui se serre, le souffle qui se modifie.
Quand la relation nous émeut ou nous déstabilise, ce sont nos sensations qui s’agitent, avant même que les mots n’arrivent.
Quand le corps se met en mouvement, une nouvelle trace s’imprime dans nos cellules — et cette trace devient possible transformation.
Carl Jung le résumait ainsi : « Sans émotions, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l'apathie en mouvement. »

La science avance aujourd’hui et cartographie ces empreintes dans le cas extrême des traumas. Dans une récente chronique des Échos (16 juin), Pierre-Marie Lledo (chercheur en neurosciences à l’Institut Pasteur et au CNRS) partage les travaux d’une équipe de psychologues de l’Université de Floride. En étudiant les familles syriennes réfugiées, ces chercheurs ont mis en lumière comment les traumatismes vécus par les parents laissent une marque épigénétique chez leurs enfants. Le code génétique reste intact, mais certains gènes s’expriment différemment, comme si des balises chimiques invisibles jalonnaient la mémoire du trauma. Des souvenirs corporels hérités, portés à notre insu. Françoise Dolto l’avait pressenti « L’enfant sait, mais il ne sait pas qu’il sait. » il ressent les informations, de son entourage, de sa lignée, dans le corps.

Alors, parfois, une peur surgit sans cause rationnelle.
Un sentiment d’insécurité s’installe alors même que tout semble objectivement stable.
Le mental ne comprend pas.
Le corps, lui, se souvient.

Nommer ce qui nous traverse est déjà un premier pas.
Mais pour véritablement transformer, il faut aussi aller au contact d’une expérience nouvelle.
C’est le corps qui encode.
C’est le corps qui peut aussi réencoder.

  • La transformation demande du temps, de l’écoute, du cheminement.
  • Mais quand le basculement se produit, il tient parfois à un instant. Une bascule intérieure, une émotion juste, une expérience incarnée qui reprogramme le système.

Vivre une autre émotion.
Éprouver son corps autrement.
Graver une trace différente dans nos cellules.
C’est ainsi qu’un nouveau mouvement intérieur devient possible.

Pour que, enfin, « le chat ne craigne plus l’eau froide ».

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